Comme pour tous mes films, Ne change rien est né d'une rencontre. Jeanne et moi, on s'est rencontrés au FID de Marseille en 2003.
On a beaucoup parlé... cinéma, musique...on s'est découvert des passions communes, Lubitsch, Lennon-McCartney, Marilyn Monroe, Ray Davies, le Velvet... A l'époque, Jeanne avait dejá écrit ses premières chansons et son disque Paramour venait de sortir.
C'est notre ami l'ingénieur du son Philippe Morel qui me l'a fait découvrir et qui le premier a dit " il faut faire quelque chose avec Jeanne".
J'hésitais...l'idée de faire un film autour de la musique m'effrayait un peu. Mais l'envie l'a emporté: j'ai pris ma petite camera mini-dv, Philippe son magnétophone et son micro et on est partis a Niort ou Jeanne et son complice Rodolphe Burger jouaient. 
Le plan qui ouvre le film, la chanson Torture, a été une des premières choses qu'on a filmés. J'ai tout de suite aimé les jours qu'on a passés avec Jeanne, Rodolphe et les musiciens, mais je n'étais pas encore sûr de pouvoir faire un film cohérent et digne... 
Le temps est passé, j'ai fait En avant jeunesse, Jeanne, de son coté, tournait et jouait au théâtre et Philippe est tombé malade et nous a quittés... 

Un jour Jeanne m'a dit qu'elle allait commencer les répétitions du deuxième disque. 
Plus question de résister: je me suis fait invité à bord et, petit a petit, le film a pris forme.
Jeanne, Rodolphe, tous ces musiciens sont aussi sérieux que Danièle Huillet ou Jean-Marie Straub. À l'instar de Ou gît votre sourire enfoui?, je voulais faire un film qui pourrait aller un peu plus loin que le simple documentaire sur un travail artistique. Il y en a toujours, pour moi, une histoire furtive qu'il faut traquer et, si possible, apprivoiser, d'abord par l'espace, le temps, la lumière, le son... je fais confiance à cette partie secrète et qu'elle puisse devenir, disons, romanesque...
Pendant qu'on regarde ces musiciens travailler, inventer, douter, dans cette lumière entre le crépuscule et l'aube, on pourrait presque imaginer le voyage de quatre types en cavale, de village en village, qui viennent se cacher dans une cabane dans la forêt, la belle qui chante et apaise, dans son coin, le petit nerveux toujours prêt à exploser, le "chef" imposant et réservé... On pourrait s'embarquer comme ça, en écoutant la musique de Jeanne et Rodolphe comme si c'était la bande sonore idéale de ce film... en effet, je crois que dés qu'ils se mettent à chercher, à répéter, ces musiciens deviennent des personnages d'une fiction...













Il y a plein de chansons d'amour dans Ne change rien...des poèmes, des paroles et même des silences sur les tourments de la passion et la torture de la solitude amoureuse. 
Ce sont des sentiments très anciens mais familiers ou je reconnais aussi les histoires d'autres femmes que j'ai déjà filmé... 
Jeanne m'a dit, " ce film est beaucoup plus qu'un portrait de moi"... oui, si portrait il y en a, ça serait celui de plusieurs femmes réelles et imaginées, ou peut-être le fantôme d'une seule femme que je conjure avec les puissances du cinema et le mystère de Jeanne et son chant...
ou, qui sait, c'est moi le fantôme...
C'est vrai que j'aime regarder et être discrètement a côté des gens qui cherchent quelque chose en même temps que moi: un sentiment pour Vanda, un souvenir pour Ventura, un sourire pour Danièle et Jean-Marie, un ton ou un accord pour Jeanne.                             

Pedro  Costa ©Teruki_Uehara synopsis credits photos notes bios contacts pedro-costa. net now festivals festivals now pedro-costa. net contacts bios notes photos credits synopsis